La première impression d'un parfum trompe presque autant qu'un premier rendez-vous, alors je ne compare pas deux versions d'un même parfum au comptoir, mais sur deux journées tranquilles.
Je suis tombée amoureuse d'un parfum au comptoir bien des fois, sur une mouillette, pendant la demi-minute où la vendeuse parle de bergamote. Presque aussi souvent, j'ai été déçue le soir chez moi, quand de cet amour il ne restait sur mon poignet qu'une chose discrète et étrangère. Alors je ne compare plus deux versions d'un même parfum à la va-vite. Je donne à chacune une journée entière, du café du matin jusqu'à l'oreiller, et je te conseille d'en faire autant.
Un jour, une version
Si tu poses les deux à la fois, une sur chaque poignet, elles vont se disputer. À midi, tu ne sauras plus quel nuage appartient à qui, ni laquelle t'a vraiment plu. Je porte une version le matin, avant le travail, et l'autre le lendemain. J'essaie de faire en sorte que ces journées se ressemblent : le même temps, le même pull, le même café. Pas de nouvelle crème pour les mains entre les deux, et pas de soirée dans un bar bruyant.
Ce que je note
Je ne note pas grand-chose. Dans mon téléphone, il y a trois lignes : ce que j'ai senti au bout de cinq minutes, au bout de deux heures, et ce qui restait le soir sur mon col. Je me suis interdit l'expression "plus fort", parce qu'elle ne dit rien. À la place, j'écris ce qui est devenu plus présent, le bois, la douceur ou quelque chose de vert, et si j'ai encore envie de porter mon poignet à mon visage.
Au bout d'une demi-heure, d'habitude, je ne sens plus mon propre parfum, alors que les autres le sentent encore très bien dans l'ascenseur. Je ne tends pas la main vers le flacon pour en remettre. Je demande plutôt à quelqu'un en qui j'ai confiance de se pencher vers mon cou et de me dire, franchement, ce qu'il y sent. Cette réponse compte plus pour moi que n'importe quelle ligne dans mon téléphone.
Ce qui tranche
Pour moi, la gagnante n'est pas la version qui a le départ le plus éclatant, mais celle vers laquelle je suis moi-même revenue le soir, et d'habitude je le comprends le nez enfoui dans ma propre manche, juste avant de m'endormir. C'est mon expérience, pas une loi, et ta peau peut très bien en juger autrement. Mais une première impression n'a encore jamais eu le dernier mot avec moi.
